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Se sentir vivants…et locos.

Récit par Virginie, Vélo delà et l’infini

La Poco Loco, c’est 750 kilomètres de gravel « engagé » de Montpellier à Barcelone. Une trace magnifique entre étangs, forêts et montagnes. C’est dur, ça monte mais c’est marqué dessus, c’est loco !

Fous, certainement. Et plus qu’un peu. Alors forcément quand on nous propose un événement cycliste intitulé « Poco Loco », cela éveille notre curiosité. Après une année riche en kilomètres et en découvertes, cette nouvelle folie douce consiste à relier Montpellier à Barcelone sur une trace gravel de 750 km. Deux autres parcours sur route sont proposés : 750 km et 1700 km.  A la manœuvre, une petite bande qui a des fourmis dans les jambes, Caroline, Harald et Guillaume. William et moi sommes inscrits en duo sous notre pseudo Instagram, « vélo delà et l’infini ».

Le départ a lieu à Mauguio en périphérie de Montpellier. Pascal, le président du club de VTT de Léon, a eu la gentillesse de nous accompagner. Nous profitons du trajet pour glaner auprès du coach quelques conseils de nutrition et de récup’ que bien sûr, nous n’appliquerons pas. On le sait, sur une épreuve d’ultra il y a la théorie et la pratique, et concrètement on se nourrit et on dort quand on peut. Très clairement, pour cette Poco loco nous ne sommes pas assez préparés. Après un périple aussi usant que magnifique cet été dans les Montanas Vacias (il faisait 45 degrés), nous nous sommes un peu endormis à la plage les semaines suivantes et avons mis le vélo de côté. Puis le tourbillon de la rentrée est arrivé et toujours pas d’entraînement digne de ce nom. Je sais que je vais le payer sur ces 750 kilomètres gravel qui s’annoncent difficiles avec leur 11 000 de D+.

« Every Fucking Inch »

Le départ est donné à 7h30. Je n’ai jamais vu autant de filles à un départ d’ultra, les organisateurs veulent ouvrir la discipline aux femmes, c’est réussi. Nous retrouvons quelques visages connus croisés sur la Desertus Bikus. Fidèle à notre rythme d’ultra-promeneurs, nous partons tranquillement, l’important c’est d’arriver. Les fusées nous dépassent. Nous longeons des étangs, chemins et petites routes s’enchainent. Nous retrouvons avec plaisir la terre rouge du Salagou. Ces teintes brunes donnent un air sévère à ce lac aux eaux foncées. Le lieu est à la fois majestueux et menaçant, la belle argile grenat doit se transformer en enfer aux premières gouttes de pluie. Nous avions découvert le site lors de notre grande traversée du massif central (GTMC) en juillet 2021. La suite de la trace ne nous est donc pas inconnue…et nous nous en serions bien passé puisqu’elle emprunte sur les 50 kilomètres suivants le tracé VTT de la GTMC. Autant dire qu’avec nos gravels chaussés en pneus de 35, le parcours est impraticable.

C’est donc en poussant les vélos sur une grande partie de cette portion que nous avançons, car, comme je le confirme à Mathilde, une participante un peu dépitée par le terrain, pousser c’est avancer. Pour autant, hors de question de quitter la trace, pour nous toutes les épreuves se font en EFI. Et William est intraitable sur ce point. EFI c’est la formule qu’emploient les anglo-saxon pour « Every Fucking Inch », cela signifie que malgré la difficulté, on reste sur chaque centimètre imposé par la trace, c’est une histoire de volonté, de dépassement, de respect de soi et des autres. Oui c’est dur, mais avec de la persévérance, on arrive à tout. Nous ne sommes pas les plus rapides, pas les plus techniques mais la persévérance ça nous connaît. William et moi partageons ce trait de caractère, besogneux pour les uns, opiniâtres pour les autres, notre seule obsession est d’avancer.

Cette deuxième partie de journée est usante et bien sûr, il se met à pleuvoir. Rapidement nous nous retrouvons sous des seaux d’eau et face à la médiocrité humaine : une restauratrice à qui nous demandons si nous pouvons boire un coca et nous abriter, nous affirme au milieu de sa salle vide que son établissement est complet. Qu’importe, nous poursuivons et faisons halte au Roujan où nous apercevons sur une terrasse deux bikepackers. Nous commençons à discuter pensant que ce sont des Locos mais non, ils sont bien trop chargés (avec skates sur le porte-bagage), les deux garçons se rendent en Suisse, dont l’un d’eux en single speed, nous rions et ne tranchons pas sur la palme du plus loco. La pluie continue et notre motivation est au plus bas. Nous demandons à la patronne du café s’il y a des chambres à louer dans le coin. Très gentiment elle prend son téléphone et nous trouve un studio à deux rues de là. Bonheur.

Une trace rugueuse

Cette nuit réparatrice nous fait du bien. Nous mettons le cap sur Béziers, passons Narbonne puis traversons les étangs de Bages et de l’Ayrolle sur un ruban de terre au milieu des eaux. Paradis des oiseaux, ces kilomètres sont paisibles jusqu’à Port-la-Nouvelle où se dresse un site industriel. Plus tard nous passons devant l’imposante citadelle de Salses-le-Château. La trace est belle, parfois un peu rugueuse, le plaisir est au rendez-vous. Nous décidons de nous arrêter à Estagel où nous dévorons un kébab. Nous discutons un moment avec le couple qui tient cette sandwicherie, ils sont intéressés par notre périple et envisage de réaliser un voyage à moto. Il n’y a pas d’hôtel dans le village, ni de chambres d’hôtes ouvertes, ni de camping. Nous explorons les rues à la recherche d’un abri pour dormir quelques heures. Je vais voir la tenancière d’un bistrot pour lui demander s’il n’y aurait pas un endroit où passer la nuit, espérant me faire ouvrir un garage ou louer une chambre mais elle me fixe d’un air mauvais et me conseille d’aller dormir sous le pont. Je n’insiste pas mais je suis choquée qu’une femme puisse tenir de tels propos à une autre femme (je suis rentrée seule dans le bar, elle n’est pas censée savoir que je voyage avec William). Devant tant d’hospitalité nous nous rabattons sous un tout petit porche près de la place du marché. C’est exigu et pas très propre. Je pose une couverture de survie sur le sol, William et moi nous allongeons comme nous pouvons, un duvet pour deux déplié sur nous. J’ai emprunté le duvet d’un ami et franchement, je ne me vois pas l’utiliser dans ces conditions ! Le seul point positif est que nous sommes à l’abri d’une éventuelle averse, l’air est plutôt doux, nous nous assoupissons sans vraiment tomber dans le sommeil.

Le lendemain matin à la boulangerie, nous retrouvons le duo des Reborneuses qui a dormi à quelques kilomètres. Nous roulons un moment ensemble. Aujourd’hui nous devons atteindre le check point et passer le premier col des Pyrénées. Nous faisons une halte dans un café pour boire un jus d’orange et parlons avec des locaux (ça change des locos). Les deux gars nous demandent notre parcours, « Ah oui…ils vont passer près de la maison du gars-là, tu sais…celui qui a découpé le cycliste » échangent-ils mystérieusement. « Nous avons une connaissance commune en prison, il est soupçonné d’avoir découpé un autre type » nous précise l’un d’eux. Après cette précieuse information, nous remontons en selle. Le paysage commence à se vallonner sérieusement puis nous empruntons des chemins où s’invitent la caillasse et le sable. Marquixannes ne semble jamais arriver. Quelques kilomètres avant le check point, nous dévalons une longue descente. Au loin, je vois deux gilets jaunes sur le bord de la route, j’en déduis que des travaux sont en cours. Subitement, je distingue un câble onduler puis se tendre en travers de la route, ces abrutis déroulent des lignes électriques sans avoir prévenu ni coupé la route ! Je leur crie de baisser le câble, je m’époumonne pour qu’ils m’entendent et que William qui est derrière moi comprenne la situation. Le câble est à hauteur de tête, une vraie guillotine à cycliste. Quand j’arrive près d’eux, ils ont lâché la ligne électrique qui repose sur l’asphalte. Je m’arrête, reprends mes esprits, je ne discute pas devant leur air ahuri. Aucun des deux n’a l’idée de s’excuser.

Le panneau tant attendu de Marquixannes apparaît et nous gagnons la salle des fêtes devant laquelle flotte le drapeau de la Poco Loco. Harald nous accueille. Nous y retrouvons une petite bande du parcours route et du parcours gravel. Nous dévorons un plat de pâtes et échangeons sur ces deux premières journées très intenses. Victor, un des participants arrive sur ces entrefaites. Il a cassé sa patte de dérailleur dès le premier jour, et a décidé de continuer façon single speed. Vu la gueule de la trace gravel qui est quand même carabinée, cet homme est un héros des temps modernes.

Yoyo émotionnel

Depuis plusieurs kilomètres William sent que ces freins sont un peu lâches. Au check point, plusieurs spécialistes en mécaniques auscultent la machine, une purge des freins est peut-être nécessaire. On appelle un vélociste à Prades, le gars nous répond qu’il n’a pas le temps et souhaite bonne chance à William pour la traversée des Pyrénées. Le service à la française. Nous ne nous attardons pas à Marquixannes car nous voulons passer le col de Palomère tant qu’il fait jour. Nous sommes au mois d’octobre et la nuit tombe vite. La veille nous avons reçu une trace alternative pour franchir le col. Les premiers locos sont passés par un chemin difficile et périlleux (respect à eux !), l’organisation a donc proposé une alternative sur route. Nous commençons la grimpette, c’est une montée longue mais sans gros pourcentage. Au sommet, après la photo réglementaire que tout cycliste se doit de faire en haut d’un col, le brouillard et la nuit commencent à tomber. Nous passons nos vestes et vissons nos lampes sur nos casques pour entamer la descente au ralenti. C’est une purée de poix. Finalement nous arrivons dans un hameau, La Bastide. Sans trop y croire, nous nous arrêtons pour repérer s’il est possible d’y passer la nuit. Nous croisons un vieux monsieur, il me conseille d’aller sonner chez le maire, des gîtes d’étape sont disponibles dans le village. C’est l’épouse du maire qui nous accueille chaleureusement, « Encore ? Mais il y a foule de cyclistes ce soir à La Bastide ! Je vais vous ouvrir la troisième chambre. ». Nous la suivons dans les ruelles pour nous rendre devant une grande bâtisse. Deux vélos de voyage sont déjà posés dans l’entrée. Nous faisons la connaissance de Philip et Sarah, un couple d’Anglais vivant à Bruxelles. Ils sont venus depuis la Belgique jusque dans les Pyrénées en suivant un itinéraire autour des sculptures romanes. Philip, expert en shiatsu, nous montre comment décontracter nos épaules et nos bras après nos rudes journées en gravel (et donc sans suspension). La troisième occupante des lieux a choisi de relier la montagne à la mer en vélo électrique, lorsqu’on lui demande quand elle a prévu de rentrer, elle nous fait la plus belle des réponses, « je ne sais pas ! ». Ce soir, La Bastide est the place to be pour les cyclistes ! Après la soirée de malchance de la veille, nous sommes vernis de trouver cette confortable chambre au milieu de la montagne. L’ultra c’est aussi ça : le yoyo émotionnel, l’euphorie a vite fait de succéder à la déprime et vice-versa.

« Gravel bikes ! Il n’y a que ça de vrai ! »

Le lendemain, nous repartons vers Amélie-les-bains avec le secret espoir de trouver un réparateur de vélos pour régler cette histoire de freins. Nous n’en trouvons pas mais nous pique-niquons sous un grand soleil devant la piscine municipale où des baigneurs profitent du bassin extérieur. Le deuxième col est au programme de la journée. Après Amélie, ça monte à nouveau. Une Volvo s’arrête à notre hauteur, le conducteur baisse la vitre-passager et nous lance, « Gravel bikes ! Il n’y a que ça de vrai ! ». Peu de temps après, la trace nous fait quitter la route pour emprunter une piste forestière. Pendant 11 kilomètres nous montons sur un chemin.

Le départ est rude et je me dis que je ne vais pas pouvoir tenir. J’appuie sur les pédales, entre l’herbe et les cailloux, le rendement n’est pas terrible. Une vingtaine de minutes plus tard, je parviens à trouver un second souffle. Quand nous arrivons au sommet, je suis fière d’avoir gravi la montagne par ce chemin. Cela fait partie des petites victoires de la vie. Nous regagnons ensuite la route jusqu’au fameux panneau du col d’Arès (bien entendu déjà estampillé d’un autocollant aux couleurs de la Poco Loco). En haut, nous croisons deux jeunes allemands à vélo. Ils sont hyper chargés, l’un d’eux a cassé un rayon et est en train de réparer. Ils vont jusqu’à Valence. Nous sommes à la frontière espagnole. Pour la troisième fois cette année, nous voici en Espagne, quel bonheur de rouler dans ce pays que nous aimons tant.

La trace nous fait prendre une descente sur chemin assez compliquée. On y va mollo. Des troupeaux broutent dans les alpages. Alors que nous longeons un enclos, nous passons devant un petit veau qui s’est coincé la tête entre deux branches d’arbres. Il a beau gesticuler, il reste bloqué. Nous nous arrêtons, William se glisse entre les fils qui entourent le terrain où paisse le troupeau en me demandant de guetter la vache, sans doute la mère, qui se tient non loin du veau. La vache ne bouge pas. William écarte les branches, le veau est apeuré mais il parvient à se dégager. Nous repartons sur le chemin défoncé, fiers du devoir accompli. Nous atteignons finalement la petite ville de Camprodon au pied des montagnes.

La tête des mauvais jours

Nous y trouvons un magasin de vélo où le jeune homme qui tient l’atelier de réparation prend en charge immédiatement le vélo de William alors qu’il est 19h. Le service à l’espagnole. Il nous dit d’aller manger pendant qu’il fait la réparation, il nous appellera quand il aura terminé. Nous en profitons pour prendre une chambre d’hôtel et aller manger un morceau. Alors que nous sommes en train d’en découdre avec des spaghettis à la carbonara, le réparateur nous téléphone pour nous dire qu’il n’a pu rien faire pour les freins. Il y a travaillé plus de deux heures mais n’a pas résolu le problème, c’est le bloc de frein, il faut changer une pièce qu’il n’a pas. Résultat des courses : William n’a plus du tout de frein arrière. Comme il n’a pas réussi à réparer, le jeune homme ne veut pas être payé. Nous insistons et parvenons à lui glisser un billet pour ses efforts. La soirée est morose, nous ne pouvons pas transiger sur la sécurité, la perspective de l’abandon commence à se dessiner. William a la tête des mauvais jours et je fais grise mine. Abandonner pour une panne mécanique alors que nous venons de franchir les Pyrénées, j’en pleurerais. Nous lançons des bouteilles à la mer sur les réseaux sociaux, les copains mécanos donnent leur avis, cherchent des solutions. Leur soutien nous fait du bien. Nous prenons la décision de continuer et je fais promettre à William qu’au moindre doute sur sa sécurité, nous arrêtons tout.

Nous sommes le 12 octobre, c’est la fête nationale espagnole, aujourd’hui la plupart des commerces sont fermés. Impossible donc de trouver un réparateur. Il n’y a pas d’autres choix que de se rendre jusqu’à Girone où nous parvenons à contacter via Messenger un atelier vélo qui s’engage à nous recevoir le lendemain matin. Le début de la trace nous fait emprunter des routes en lacets ou l’on ne fait que monter et descendre de petits coups de cul. Je suis devant, William avance au ralenti. Je m’arrête régulièrement pour m’assurer qu’il est bien là. Compliqué de rouler dans cette hypervigilance. Par une chance inespérée, nous finissons par aborder la partie la plus roulante de toute la trace. Nous enchainons de nombreuses pistes cyclables et pouvons rentrer les kilomètres sans craintes. Nous passons à Amer, où ironie du sort, William il y a quelques années, avait fait réparer les freins de son VTT ! C’est presque en triomphateurs que nous parvenons à Girone. Il est encore tôt mais nous devons nous arrêter ici en attendant le rendez-vous mécanique du lendemain. Nous trouvons un B&B tenu par un couple de belges venus chercher le soleil. Fathi et Danny nous accueillent alors que des milliers d’oiseaux s’abattent dans la cour arborée que bordent les maisons de leur quartier. C’est un spectacle assez étrange qui dure quelques minutes. Les cris des oiseaux finissent par s’estomper, ils prennent place dans les arbres pour la nuit. Nous aussi, nous avons trouvé notre nid, et profitons de cette longue nuit pour nous reposer.

A 9h30, nous sommes dans l’atelier d’Angel Garcia. Les lieux transpirent l’amour du vélo et du travail bien fait. Nous allons prendre un petit dej’ en attendant que le mécano ait terminé. Trois heures plus tard, le diagnostic tombe : c’est une pièce défectueuse qui fait des siennes depuis le début. Angel a tout changé, nous le remercions et revenons au point où nous avons quitté la trace la veille (« EFI », remember ?). C’est reparti ! Il nous reste environ 230 kilomètres pour rejoindre Barcelone, cet arrêt nous a fait perdre beaucoup de temps, nous décidons de faire le grand finish d’une traite.

Sanglier volant

La suite est plutôt corsée : sur les 100 kilomètres suivants, nous allons prendre 2000 D+. Nous grimpons des massifs aux accents méditerranéens et justement, nous finissons par apercevoir la mer. Emotion de voir apparaître cette bande bleue à l’horizon. Nous poursuivons sur des pistes rocailleuses et finissons par déboucher sur une route. L’obscurité commence à tomber et nous nous sommes équipés de nos lampes. Nous apercevons un autre sapin de Noël clignoter à quelques mètres de nous, c’est Lydia, une loca lancée sur la trace route. Avec son vélo chargé à plus de 30 kilos, Lydia tient bon, nous échangeons quelques mots et nous donnons rendez-vous à Barcelone.

A Tossa de Mar, nous faisons un arrêt pour nous restaurer. Après un plato combinado, nous nous sentons mieux ! Nous repartons dans la nuit noire et retrouvons des chemins plus ou moins caillouteux. A la lumière de nos lampes, William et moi évaluons mal une descente, bien plus raide qu’il n’y paraît. Nous prenons beaucoup de vitesse, c’est de la caillasse, si tu freines c’est la gaufre assurée. Par miracle, aucun de nous deux ne tombe. A peine remis de nos émotions, nous reprenons le chemin. Soudain, une ombre surgit d’un fourré en hauteur pour s’abattre quelques mètres devant les pneus de William : c’est un sanglier qui vient de sauter ! Affolé (et nous aussi), le sanglier volant aveuglé par nos lampes se jette dans les buissons en contre-bas. On stoppe nos vélos, secoués par autant d’adrénaline en si peu de temps !

Quelques kilomètres plus loin, à Blanes, nous décidons de dormir deux heures au bord de la plage sur la terrasse d’un restaurant. Malgré un tracteur qui nettoie en long en large et en travers chaque grain de sable, nous parvenons à nous reposer. Le sac de couchage de Laurent reste à nouveau dans ma sacoche, il aura fait un beau voyage ! Le départ est plus compliqué, on se sent rouillé, les muscles se sont refroidis. Bien qu’il soit très tôt, nous trouvons une boulangerie sur le point d’ouvrir où nous achetons un café salvateur et quelques pâtisseries. En manque de caféine, nous faisons un second stop dans un bistrot, il est à peine sept heures, un gars sirote un cognac au comptoir. Finalement, la machine se remet en route.

Barcelone nous tend les bras

La dernière partie de la trace est moins bucolique, nous arrivons en périphérie de Barcelone. Pendant de longs kilomètres nous longeons une autoroute, cela nous permet d’avancer mais le bruit de la circulation est assourdissant. Plus tard, nous suivons un single joueur et totalement inattendu pour entrer dans Barcelone. Enfin, le dernier gros morceau se dessine : nous devons gravir le Tibidabo, cette montagne qui surplombe la ville, sur laquelle culminent un parc d’attraction et la statue du Christ dominant la cité catalane. Sur cette dernière centaine de kilomètres, nous encaissons 1500 D+ et très franchement, nous nous serions bien passés de ce dernier baroud au Tibidabo. Nous grimpons des chemins, c’est le spot d’entrainement des VTTistes du coin. Les raidards s’enchainent pour finalement nous amener sur une petite route où l’on doit flirter avec les 20%. Je mets pied à terre, William grimpe l’intégralité de la montée sur le vélo, je reconnais bien ma tête de mule ! Lorsque nous arrivons enfin au pied de l’église du Tibidabo, une vue à couper le souffle s’étend à nos pieds, j’ai les larmes aux yeux. Nous allons boucler cette trace. Malgré une préparation aléatoire et des pépins mécaniques, nous allons y arriver. En regardant cette immense ville en contrebas, je songe combien le corps est capable d’incroyables prouesses.

Barcelone nous tend les bras, nous dévalons la longue descente vers la ville. Une fois en bas, c’est le bruit et la fureur ! Je ne sais plus où circuler : taxis, scooters, voitures, bus, tout le monde veut passer ! Après des jours dans le calme de la montagne et des chemins, l’énergie débordante de cette ville nous assaille. Je colle ma roue dans celle de William, ces derniers kilomètres sont éprouvants. Puis nous distinguons Harald en train d’agiter le drapeau de la Poco Loco, nous y sommes ! Nos proches ont fait aussi le déplacement, c’est tellement émouvant de les voir là. Nous avons droit à une hola devant l’Eroica Café, après l’émotion qui m’a étreint au sommet du Tibidabo, cette arrivée est très joyeuse. « Vous ne me détestez pas trop ? » veut savoir Caroline, à l’origine de la trace gravel. Non, bien sûr que non, c’est pour vivre des émotions fortes que l’on s’engage sur de pareilles aventures. C’est pour se sentir vivants et poco locos, bien sûr.

2 commentaires

  1. Bravo d’abord pour votre trouvaille merveilleuse : »vélo delà et l’infini « ! C’est génial !
    Et aussi, bravo pour votre abnégation et votre combativité malgré la mauvaise météo et les ennuis mécaniques.
    Comme pour les autres témoignages, je me reconnais en vous : »se sentir vivant « , »vivre des émotions fortes « , »mesurer combien le corps est capable d’incroyables prouesses « !
    Finalement, nous nous rassemblons tous. ..
    À bientôt Jean Gautier

    1. Merci Jean ! Oui, nous venons tous chercher quelque chose dans ces aventures qui se situe entre dépassement et dépouillement. Bravo pour ton parcours sur la 1700 qui impose le respect. Virginie

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